Plongées Off-Shore - Octopus - Novembre 2000

Située face au sud, sur les côtes du golf de Guinée, à proximité du cinquième parallèle, la Côte d’Ivoire bénéficie de gisements offshore de pétrole et de gaz. Plusieurs plate formes parsèment les eaux ivoiriennes. Avec l’accord des autorités et des exploitants il est possible, pour des plongeurs confirmés, de plonger aux abords et entre les piliers de certaines d’entre elles. Une spécificité de la plongée sportive en Côte d’Ivoire pratiquée par les membres du Gersma, le club de plongée d’Abidjan.

Une plongée qui se mérite. Après avoir supporté des heures de bateau et pour certains enduré le mal de mer, les plongeurs doivent parfois se battre avec un courant violent, maîtriser une sensation de vertige et la narcose sur des fonds pouvant atteindre 100 mètres.

Sur ces côtes sableuses, où la barre marque le passage de la mer au rivage, aucune terre, aucune île ne viennent briser les vagues venues du Sud. L’état de la mer est fortement influencé par les dépressions ayant pris naissance loin dans l’Atlantique Sud. Ainsi il n’est pas rare d’avoir une mer agitée malgré une météo clémente sur la région d’Abidjan. La sortie du canal de Vridi, qui permet l’ouverture sur la mer de la lagune Ebriée et commande l’accès au port autonome d’Abidjan peut alors être « sportive ».

Le Bélier, la plate-forme la plus accessible est située à 16 miles dans le sud-est du canal de Vridi, face à la ville de Grand Bassam d’où elle est visible par beau temps. Le gisement dont elle assurait l’exploitation est aujourd’hui épuisé. Seule une équipe de garde et de maintenance assure une permanence à bord. Son avenir est lié à celui de la probable exploitation d’un gisement situé plus à l’est, en direction du Ghana. Foxtrot, située à environ 50 miles dans l’ouest, face à Jacqueville, exploite un gisement de gaz destiné principalement à l’alimentation des turbines des centrales électriques du pays. Ces installations sont reliées au rivage par un réseau de pipelines sous-marins.

Excepté durant la saison des pluies, l’eau est le plus souvent claire, d’un bleu profond, préservée des apports d’alluvions par la distance importante qui sépare les plate formes de la côte.

Dimanche 8 heures. Rendez-vous à la marina ASNA en bordure de la lagune Ebrié. Les membres du Gersma préparent le matériel et le Wor’O2, le bateau du club. Ce bateau en bois de 13m, conçu pour la plongée, a été construit en 1998 par un chantier d’Abidjan. Le ravitaillement n’est pas oublié car nous partons pour la journée. Aujourd’hui des plongeurs de passage à Abidjan seront du voyage.

Après deux heures d’une navigation tranquille, Alain, le responsable technique amarre le Wor’O2 au Bélier après en avoir reçu l’autorisation et confirmé la plongée. Thierry et Jean-Claude se mettent à l’eau pour une reconnaissance rapide : courant, visibilité. Aujourd’hui les conditions sont idéales. Seul demeure un léger courant de surface, et la visibilité est de l’ordre de 40 mètres. La ligne de sécurité est mise en place et les plongeurs s’équipent. Pour faire mes photos, je suis accompagné par Éric, plongeur Cmas*** qui vit depuis 7 ans à Abidjan.

Nous sommes prêt. Les trois coups sont frappés. A la fois acteurs et spectateurs, commence alors pour les plongeurs le grand spectacle.

La première partie du spectacle est graphique. Le grand bleu ! De plus en plus profond, de plus en plus dense au fur et à mesure de la descente. L’entrelacs des piliers, des poutres et des pipes. Jeu d’ombre et de lumière des contre-jours qui dessinent entre le plongeur et la surface un fantastique tableau abstrait, changeant sans cesse grâce aux mouvements de la surface et du soleil. Jeu des couleurs de la vie fixée sur les structures. Cnidaires et filtreurs, actifs ou passifs, profitent de l’abondante nourriture apportée par les courants. De magnifiques colonies de corail tube (Tubastrea coccinea ?) couvrent de jaune orangé une grande partie de la structure.

La seconde partie du spectacle est sauvage. La grande chasse ! Barracudas, carangues, bonites, coryphènes, lutjans et parfois requins tournent, nagent, chassent. Certains sont solitaires, les autres forment des bancs de plusieurs dizaines d’individus. Leurs proies : des bancs de milliers de sardines, maquereaux et demoiselles qui profitent de l’abri que procure la plate-forme, véritable DCP, pour se regrouper, se protéger et se reproduire. Ces prédateurs sont méfiants. Curieux ils s’approchent des plongeurs tout en gardant une importante distance de sécurité. Ils s’éloignent dès leur curiosité satisfaite au grand désespoir du photographe. La présence régulière de chasseurs sous-marins n’est sans doute pas étrangère à cette attitude.

La troisième partie du spectacle est ludique. Le grand jeu ! Celui des poissons sédentaires, des crustacés, des coquillages, des oursins, des cnidaires et des éponges qui envahissent l’ensemble de la structure, jouent à cache-cache avec le plongeur, défendent avec force leur bout de territoire. Plaisir du plongeur bio et du photographe.

Le spectacle est fini. L’ordinateur a géré notre plongée et contrôlé notre remontée. Nous avons demandé et obtenu un rappel en prolongeant avec bonheur nos paliers. L’accessoiriste qui distribue l’air nous interdit le dernier rappel. Du bonheur et des images plein les yeux et la pellicule, nous remontons à bord de Wor’O2 en nous promettant de participer à la prochaine représentation.

Autre dimanche, autre destination. Nous embarquons à 7h 30 du quai pilote avec notre matériel à bord d’un bateau rapide en direction de Foxtrot. Invités par son directeur, nous allons effectuer une première plongée sur ce site exceptionnel en service depuis en peu plus de deux ans. L’équipe est réduite à huit plongeurs. Au menu, étude des courants, observation de la faune et de la flore fixée et pélagique, photos des installations et particulièrement des anodes qui protègent la structure.

Le trajet est long et l’Atlantique nous rappelle que la saison des pluies n’est pas tout à fait terminée.

Les conditions de plongée sont difficiles. Violent courant et visibilité médiocre dans les 10 premiers mètres. Plus bas, le courant est plus faible. Il s’inverse vers 35 mètres. La soupe de la surface contribue à faire fortement diminuer la lumière. L’eau est verte et très chargée en particules. Nous effectuons rapidement nos relevés nos observations et nos photos. Nous faisons nos paliers en drapeau.

A la sortie de l’eau nous sommes accueilli par le personnel de la plate-forme, américains et ivoiriens. Visite de lieux et repas agréable avant de reprendre la mer pour le retour sur Abidjan.

Info : Le Gersma est le seul club de plongée de Côte d’Ivoire. Club amateur affilié à la FFESSM, il est animé par des bénévoles et assure les formations jusqu’au niveau 4. 30 équipements complets permettent d’accueillir le week-end tous les plongeurs licenciés de passage quelque soit leur fédération d’origine.

 

Auteur : Yves KAPFER

Source : Plongées Off-Shore - Octopus - Novembre 2000